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Redécouvrir les quatre composantes de la douleur !


Le puzzle de la douleur – Construire le puzzle - Comment je compose avec les 4 composantes


Type de document : Actes de congrès
Auteur(s) : Davy, A. / Allain, B.
Congrès : Douleur provoquée par les soins - 17ᵉ journée de l'A-CNRD
Date : 13/10/2022
Lieu : Espace Saint Martin, Paris

Mots clés : composante sensorielle / composante cognitive / composante comportementale / composante émotionnelle / Éducation thérapeutique du patient / douleur / puzzle / TILT / Rennes / témoignage


Redécouvrir les quatre composantes de la douleur !
Le puzzle de la douleur – Construire le puzzle - Comment je compose avec les 4 composantes



Anaëlle DAVY

Infirmière Ressource Douleur, CHU Rennes (35)

Béatrice ALLAIN
patiente partenaire, membre de l’équipe “Apprivoiser la douleur pour mieux vivre au quotidien”, Rennes (35)











Lorsque vous avez une douleur :
  1. Que sentez-vous ?
  2. Comment réagit votre corps ?
  3. Que ressentez-vous ?
  4. Que pensez-vous ?

Les réponses à ces questions sont subjectives et personnelles. Elles varient chez un même individu en fonction de l’expérience douloureuse traversée. En effet, la douleur dans son expérience personnelle et multidimensionnelle touche la personne dans différents aspects de son être.
Cela rejoint la précieuse définition de la douleur de l’IASP "Une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée ou ressemblant à celle associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle" (2020).
Lorsqu’une personne fait l’expérience d’une douleur, on peut distinguer ces quatre composantes qui s’imbriqueraient comme les quatre pièces d’un puzzle.
  1. Composante sensori-discriminative : SENTIR
  • Sensations physiques ressenties par la personne.
  • Description de brûlures, fourmillements, picotements…
  • Caractéristiques physiques de la douleur, siège, intensité, qualité.
  1. Composante comportementale : RÉAGIR
  • Mise en place par le corps de manière consciente et inconsciente un ensemble de mécanismes comportementaux et réactionnels en activant notamment le système neuro végétatif.
  • Expression verbale (plainte, pleurs…) et non verbale (l’installation en position antalgique, immobilisation …) de la douleur.
  1. Composante affectivo-émotionnelle : RESSENTIR
  • L’émotion liée à la douleur : peur, anxiété, colère…
  • La tonalité désagréable, pénible…
  • L'émotion, liée à l’environnement, aux circonstances et à la mémoire des expériences passées douloureuses.
  1. Composante cognitive : COMPRENDRE
  • La cognition est l’ensemble des pensées, des processus mentaux en lien avec la perception et l’interprétation de la douleur.
  • La personne, par exemple, peut être traversée par les questionnements suivants :
« vais-je mourir ? vais-je un jour guérir ? qu’ai-je fait pour mériter cette douleur ? »

Aborder le patient avec ces quatre composantes permet de sortir de la dichotomie corps – esprit en faisant du lien entre les sensations physiques, les réactions corporelles, les émotions et les pensées de l’individu.
En dehors des consultations spécialisées, l’évaluation de la douleur qu’on réalise le plus fréquemment est unidimensionnelle. Ainsi, à l’hôpital de Rennes, le « TILT » qui évalue le Type de douleur, son Intensité, sa Localisation et sa Temporalité se concentre sur la composante sensorielle, ne laissant que peu de place à l’expression globale de la personne.


*Affiche de sensibilisation à l’évaluation de la douleur CHU de Rennes.


Lorsque nous accompagnons un patient qui a une douleur, il est essentiel de prendre en compte ces quatre composantes pour lui proposer des stratégies antalgiques multimodales, alliant thérapies non médicamenteuses et médicamenteuses.
La prise en soin biopsychosociale, décrite par le médecin psychiatre Engel et plébiscitée par les consensus d’experts dans le domaine de la douleur, valorise des approches holistiques et systémiques qui permettent d’aborder la personne dans sa globalité avec une attention particulière en regard de chacune des quatre composantes.


Exemple d’utilisation du « puzzle des 4 composantes de la douleur ».


Le CHU de Rennes, propose un programme d’ETP (Éducation Thérapeutique du Patient), orienté sur la douleur chronique. Ce programme, validé par l’ARS (Agence Régionale de Santé), est transversal sur l’établissement et est proposé, dans le cadre de leur parcours de soins, aux patients du CHU suivis pour des pathologies dont la douleur chronique est un des symptômes.

Le programme d’ETP « Apprivoiser la douleur pour mieux vivre au quotidien » est articulé autour de deux fils conducteurs : les quatre composantes de la douleur et la place des émotions. Nous utilisons le processus CNV® (Communication Non Violente).

Lors de la première séance intitulée : « C’est quoi la douleur ? Ma boîte à outils », dont les objectifs sont de « découvrir les différents types de douleur et leurs mécanismes » et « d’identifier les différentes stratégies antalgiques »; les patients, sont invités à répondre collectivement aux quatre questions présentées ci-dessous :
Lorsque vous avez une douleur :
  • Qu’est-ce que vous sentez ?
  • Comment réagit mon corps ?
  • Que ressentez-vous ?
  • Qu’est-ce que vous pensez ?
Les patients ont ainsi un temps libre d’échanges et de partages autour des quatre composantes.
Les réponses sont notées sur un tableau, en plaçant les verbatims dans différentes colonnes et en utilisant des couleurs différentes pour chacune des quatre composantes. Les contours du puzzle sont ensuite dessinés autour des différentes colonnes, et les participants sont invités à nommer chacune des catégories, et à y associer un pictogramme.





*puzzle des quatre composantes réalisé en ETP « Apprivoiser la douleur pour mieux vivre au quotidien » CHU de Rennes session de février 2022.



Cet exercice permet au patient d’identifier les différentes composantes et d’appréhender les répercussions qu’elles ont les unes sur les autres. Il s’agit d’un temps fort pour de nombreux patients qui peuvent exprimer toutes les pensées en lien avec leur douleur : « Pourquoi moi ? », « Ce n’est pas juste ce qui m’arrive », « Je préfèrerais parfois mourir plutôt que de vivre ça »…

Ils expriment souvent leur surprise en entendant les différents témoignages : « Je croyais être le seul à penser et à vivre ça… », « Pour moi c’est exactement pareil, je ne pensais pas que c’était comme ça pour vous aussi ».
Cet échange et cette reconnaissance entre pairs sont fréquemment décrits comme apaisants et permettent de sortir d’un certain type d’isolement.
Cet exercice peut également avoir une fonction médiatrice avec l’univers médical. Il permet aussi d’obtenir une forme de reconnaissance de la douleur qui a parfois été niée ou minimisée, laissant ainsi une place à l’expression de la souffrance. Il s’agit aussi d’une porte d’entrée dans l’expression des émotions pour soi-même et avec les autres. En exemple : « j’ai refait le puzzle à la maison avec mon mari et ça m’a permis de lui montrer tout ce que la douleur me faisait vivre, c’était un moment fort de partage très visuel, je me suis sentie apaisée et comprise ».

La mise en forme de ces quatre « facettes » de l’expérience douloureuse permet ensuite de faire le lien avec les différentes stratégies antalgiques, médicamenteuses et non médicamenteuses, en valorisant les stratégies psychocorporelles, corporelles et physiques.
Le puzzle des quatre composantes est utilisé lors de plusieurs séances, afin de faire le lien entre la douleur et les stratégies adoptées : séance sur l’activité physique, séance sur les émotions, séance sur le sommeil… afin d’individualiser les réponses et que le patient s’approprie cette technique dans son quotidien.


Témoignage de l’utilisation du puzzle des 4 composantes


« Lorsque je ressens une douleur, j’apprends à l’observer, à l’identifier, à la nommer, pour faire face et trouver des outils.

Lorsque mes lombaires me font souffrir, je sens comme un coup de couteau qui me transperce, des décharges électriques qui courent le long de mon corps, je ressens un sentiment de découragement, je pense que je n’y arriverai pas : je vais chez le kiné, je fais mes exercices…et pourtant... mon corps se fige, mes hanches se bloquent.
Pour faire face à ce sentiment de découragement, je viens mettre un peu de bienveillance, de douceur… une volonté de me faire du bien. Je pose mon TENS, je prends un livre, et mon corps se détend pour un moment ».

Ce puzzle-outil est également utilisé auprès des professionnels de santé lors de formations et d’interventions sur la douleur. Il permet d’être attentif à aborder la personne douloureuse dans sa globalité : au-delà de la composante sensorielle de la douleur. Il s’agit de prendre en compte la réaction comportementale, l’impact émotionnel, la construction mentale, les pensées et les croyances.

Il permet d’illustrer la définition et la complexité de la douleur en lui redonnant toute sa dimension expérientielle, subjective et personnelle et ainsi de faire des liens avec les différentes stratégies antalgiques, en les adaptant à chaque patient.


En conclusion,
ce puzzle-outil que nous utilisons au quotidien nous paraît indispensable dans l’optimisation de la prise en charge d’un patient douloureux chronique.

Notice n° 9862, créée le 08/10/2022, mise à jour le 11/04/2023