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Fiches de soins >  Prévention de la douleur lors de l’aspiration nasale chez l’enfant

Xavier COURTIES, Cadre Supérieur Masseur Kinésithérapeute, Equipe de Kinésithérapie

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Mise en ligne : juillet 2005

 
Xavier COURTIES,
Cadre Supérieur Masseur Kinésithérapeute
Equipe de kinésithérapie
Hôpital Trousseau
Paris
 
 

PREVENTION DE LA DOULEUR LORS DE L’ASPIRATION NASALE CHEZ L’ENFANT


L’aspiration nasale est actuellement la technique d’aspiration de choix, recommandée dans le cadre des bonnes pratiques professionnelles, dans l’encombrement des VAS. C’est elle qui sera décrite ici. L’aspiration naso- pharyngée, réservée à des indications précises dans le cadre d’encombrement bronchique, fera l’objet d’une autre procédure.
 
1. Définition :
 
Technique invasive de désencombrement ou d’évacuation des sécrétions des voies aériennes supérieures (VAS) à l’aide d’une sonde d’aspiration, en évitant au maximum la douleur et en respectant les règles d’hygiène et de sécurité.
 

2. Objectif :

 
L’aspiration nasale ne doit pas être un geste systématique ; elle doit toujours être précédée d’une évaluation de l’encombrement des VAS et tenir compte de l’âge de l’enfant :
 
 
SIGNES
DIAGNOSTIC
INDICATIONS
1° cas 
ventilation nasale sans bruit surajouté,
l’enfant tète normalement 
absence d’encombrement
 
pas d’aspiration
2° cas 
ventilation naso-buccale
avec bruits surajoutés 
encombrement par sécrétions 
mouillées 
en fonction de l’âge
 
< 6 sem :aspiration systématique
3° cas 
ventilation
exclusivement buccale
encombrement par sécrétions sèches et/ou bouchon
> 6 sem : aspiration en cas de trouble de l’alimentation ou de détresse respiratoire
 
Le nez, qui fait partie des voies aériennes supérieures, assure une triple fonction de filtre, d’humidification et de réchauffement de l’air inspiré.
En cas d’obstruction cette physiologie n’est plus effective. Le maintien de la perméabilité des VAS est donc indispensable, notamment chez l’enfant d’âge < 6 semaines dont la respiration est essentiellement nasale.
 
Les objectifs sont à la fois curatifs et/ou préventifs :
Préventifs :
 
- prévenir les troubles de l’alimentation
- prévenir une infection ou une surinfection des voies aériennes inférieures
- prévenir les troubles du sommeil
 
Curatifs :
 
- lutter contre l’obstruction des voies aériennes supérieures
- restaurer une bonne ventilation
- permettre ou retrouver une alimentation par voie orale
- pratiquer un prélèvement pour examen biologique des sécrétions à visée diagnostic (VRS) ou en vue d’orienter le traitement.
 
  1. Prévention et traitement de la douleur :
L’évaluation de la douleur : une étude sur la douleur provoquée par les soins a montré que le geste d’aspiration avec ou sans kinésithérapie peut entraîner des réactions ou un comportement assimilable à la douleur.
C’est pourquoi les mesures suivantes doivent être prises pour diminuer la douleur et l’inconfort :
 
- humidification préalable et systématique de la sonde avec du sérum physiologique.
 
- instillation préalable de sérum physiologique (voir technique de D.R.P.) en cas de sécrétions épaisses ou sèches : le sérum ne modifie pas la fluidité de sécrétions mais facilite leur évacuation.
 
- vérification préalable de la perméabilité nasale (atrésie des choanes) et dans le dossier de soins l’absence de saignement lors des aspirations précédentes.
- choix de la taille de la sonde en adéquation avec la taille et le poids de l’enfant, ainsi que la qualité des sécrétions.
- explication préalable du geste à l’enfant, dans un langage adapté à son âge.
- utilisation d’une méthode de distraction : parole, jeux, conte, chanson, tétine...
- administration de solution sucrée associée à la succion pour les bébés de moins de trois mois (cf. protocole)
- techniques alternatives non invasives :
 
  • désobstruction rhino-pharyngée (DRP) :
Enfant couché en latérocubitus, on instille du sérum physiologique à l’aide d’une dosette individuelle préalablement réchauffée dans la main, dans la narine supérieure en vérifiant que le sérum ressort par l’autre narine.
Cette technique peut être apprise aux parents et effectuée si besoin à domicile.
Il faut toutefois souligner que cette technique n’est pas toujours possible.
 
  • désencombrement rhino-pharyngé rétrograde :

Ou reniflement passif induit par une occlusion buccale lors de l’inspiration suivi éventuellement (dans le cadre d’un acte de kinésithérapie) d’une antépulsion pharyngo-buccale permettant le recueil des sécrétions au niveau des lèvres. Technique à utiliser avec prudence compte tenu des pressions induites (pathologies ORL).

  • désencombrement rhino-pharyngé antérograde ou mouchage passif induit par une occlusion buccale lors de l’expiration.
- éducation thérapeutique : apprentissage du mouchage actif à partir de 2 ans.
 
4.Conditions à respecter :
 
- respect des contre-indications
- au moins à 1h30 de distance du dernier repas pour éviter les reflux
- changement de matériel entre chaque patient et au minimum toutes les 24 heures pour un même patient.
- lavage des mains systématique avant et après l’aspiration et port de bavette
 - installation préalable en décubitus dorsal et légère proclive afin d’éviter les risques de reflux gastro oesophagien et d’inhalation. 
- humidification préalable pour éviter les saignements
- utilisation du matériel à usage unique uniquement
- pression d’aspiration adaptée : < 600 mmbar
 
5. Contre indications :
 
- thrombopénie et autres troubles de la coagulation
- épistaxis
- prudence en cas de malformation de la cloison nasale
 
6.Matériel  :
 
- sonde à usage unique de taille CH 4 à CH 8 avec bout émoussé sans œillet latéral ; la taille de la sonde sera choisie en fonction de l’âge et de la viscosité des sécrétions
- bocal d’aspiration
- compresses stériles
- sérum physiologique en bocal et en dosette
- aspirateur de mucosités ou vide mural avec manomètre de 100 à 600 mmb
 
7. Déroulement du soin :

En cas d’obstruction ou de sécrétions épaisses, et pour faciliter le passage de la sonde, un lavage de nez (DRP) est souvent nécessaire avant de pratiquer l’aspiration proprement dite (cf.chap. 3)
 
L’enfant est installé en décubitus dorsal et légère proclive :
1. Introduire la sonde sans aspirer dans la narine d’abord en haut et en arrière puis perpendiculairement au visage sur une longueur n’excédant pas celle allant de l’aile du nez au coin externe de l’œil.
2. Maintenir la sonde en place et aspirer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sécrétions
3. Retirer la sonde en maintenant l’aspiration

8. Les aspects psychologiques :
 
- instaurer une relation privilégiant une parole sécurisante et des gestes doux
- l’immobilisation manuelle augmentant l’impression d’angoisse, le maintien sera minimum dans le simple but d’immobiliser la tête pendant le geste
- expliquer au préalable le geste à l’enfant quel que soit son âge
- profiter de la présence rassurante des parents préalablement informés
 

9. Les critères d’ efficacité et de sécurité

- respiration nasale possible bouche maintenue fermée
- retour à une alimentation normale
 

10. Les éléments de surveillance

Certaines adaptations doivent permettre une meilleure acceptation par l’enfant :
- assurer une hydratation régulière de la muqueuse nasale, ce qui constitue la meilleure prévention contre son assèchement à l’origine de l’épaississement des sécrétions et de l’obstruction bronchique.
- respecter les indications et la fréquences des aspiration nasale : l’aspiration nasale relevant du rôle propre des kinésithérapeutes et infirmiers, leur fréquence devra être limitée et les indications toujours posées.
 - pratiquer l’aspiration en un seul temps : l’introduction de la sonde étant le moment le moins bien toléré par l’enfant, on pratiquera l’aspiration en un seul temps sans pratique d’aller retour à l’intérieur de la narine. Si la quantité ou la qualité des sécrétions le nécessite on préférera laisser la sonde pendant toute la durée de l’acte et aspirer plusieurs fois par intermittence.
- ne pas insister en cas de difficulté à introduire la sonde dans une narine : il existe un cycle respiratoire nasal alterné (de 2 à 6 heures) qui influe sur le calibre interne de la narine.
- planifier les soins en interaction avec les autres soignants pour éviter de cumuler dans un même soins plusieurs gestes douloureux ceci afin de ne pas provoquer un effet de potentialisation.
- respecter les rythmes de sommeil des enfants
 
Incidents  : RGO, vomissements : la simple aspiration nasale décrite ici provoque rarement de réflexe nauséeux à la différence de l’aspiration pharyngée
 
 
11. Bibliographie conseillée :
1. Hygiène et Kinésithérapie CLIN Paris-Nord
2. Prise en charge de la bronchiolite du nourrisson Conférence de Consensus ANAES- sept. 2000
3. Intérêt des aspirations des voies aériennes » JIKRI Lyon nov. 2000
4. Kinésithérapie respiratoire Pédiatrique Vinçon Fausser- MASSON
5. Pneumo kinésithérapie J.Barthe- DOIN
6. Kinésithérapie respiratoire du nourrisson - Vinçon Fausser KS février 2004
7. Evaluation de la douleur lors de l’aspiration naso-pharyngée et de la kinésithérapie respiratoire - X. Courties, C. Parizot - 2ième journée du CLUD Trousseau - 2003
8. Décret d’actes des professions d’infirmière (11/02/2002) et de kinésithérapeute (n°2000-57)
 
 


Vos commentaires sur cet article :

il y a 4 contribution(s) au forum.

> Prévention de la douleur lors de l’aspiration nasale chez l’enfant par OLOMO NAMA Dominique : IDE soins intensifs FONDATION CHANTAL BIYA, le : 6 décembre 2006

J’ai lu avec satisfaction vos documents.Mais s’il faudra changer les sondes\24h, cela revient trop cher aux parents en Afrique sub-saharienne surtout pour les hospitalisés au long court.La sonde au Cameroun par exemple vaut 3000 à3500Fcfa.Vu la pauvreté qui sévit ici, que faire face à ce problème ?

> Prévention de la douleur lors de l’aspiration nasale chez l’enfant le : 4 juillet 2006

Merci de nous communiquer vos coordonnées pour que nous puissions vous répondre directement et vous mettre en relation avec un collègue qui pourra vous renseigner. Cordialement P. Thibault

> Prévention de la douleur lors de l’aspiration nasale chez l’enfant par Pascale Thibault, le : 12 janvier 2006

Effectivement, dans ce document qui est une fiche de soin sur la technique d’aspiration nasale, le choix a été fait de ne comparer l’aspiration nasale qu’à une autre technique d’aspiration. Dans un article plus large sur les moyens de libération des voies aériennes supérieures chez l’enfant nous traiterons de toutes les méthodes. C’est aussi une des raisons pour lesquelles nous avons conseillé cette bibliographie. Pour votre dernière remarque elle est entièrement exacte. Merci de cette précision. Cordialement. P. Thibault

> Prévention de la douleur lors de l’aspiration nasale chez l’enfant par abbeys, le : 11 janvier 2006

j’ai lu avec intéret votre article. Lorsque vous dites : la technique d’aspiration nasale est la technique d’aspiration de choix.... vous ne la comparez pas à une autre technique mais à une autre aspiration... Il me semble que les techniques non invasives sont préférables aux techniques invasives, en règle générale. Dans votre bibliographie vous recommandez la lecture de la conférence de la villette (bronchiolite 2000) or dans ce texte l’aspiration n’est pas recommandée.... derniére remarque, il n’y a pas de narine supérieure lorsque l’enfant est en décubitus latéral mais une supralatérale et une infralatérale.

confraternellement

A ABBEYS


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