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Amélioration de la prise en charge de la douleur provoquée par les soins


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Psycho-corporels et comportementaux

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mercredi 7 mars 2007

Mise en ligne : mars 2007

 

Synthèse et traduction de l’article “The effects of two non-pharmacologic pain management methods for intramuscular injection pain in children“
Acute Pain - volume 8, n° 1, mars 2006, pages 7-12
Marzieh Hasanpour, Mina Tootoonchi, Fereshteh Aein, Ghasem KYadegarfar

En résumé

Le but de cette étude était d’étudier l’effet de la cryothérapie locale et de la distraction pour le soulagement de la douleur lors d’une injection intramusculaire de pénicilline chez des enfants.
 

Méthodes

L’étude a porté sur 90 enfants de 5 à 12 ans qui subissaient une injection de pénicilline par voie intramusculaire. Les échantillons ont été choisis aléatoirement et divisés en 3 groupes : le premier groupe a reçu une cryothérapie locale, le second a bénéficié de distraction et le troisième (groupe contrôle) a reçu des soins de routine. Les données ont été collectées via un entretien et un questionnaire. L’échelle Oucher a été utilisée pour mesurer l’intensité de la douleur. 

Résultats

 L’intensité moyenne de la douleur dans les groupes cryothérapie, distraction et contrôle a été de 26,3, 34,3 et 83,3, respectivement. Les résultats indiquent que l’intensité de la douleur était beaucoup plus importante dans le groupe contrôle que dans le groupe expérimental. Par ailleurs, l’intensité de la douleur chez les enfants était inversement proportionnelle à leur âge. 

Conclusion

 L’étude montre l’efficacité des moyens non pharmacologiques de prise en charge de la douleur chez les enfants. Il est conseillé aux infirmières d’utiliser la cryothérapie locale et la distraction pour réduire l’intensité de la douleur des injections intramusculaires chez les enfants de 5 à 12 ans.  Description de l’étude La douleur liée à l’injection intramusculaire est terrible pour les enfants. Il existe un déni de cette douleur liée à la peur de l’injection. La plupart des enfants anticipent la douleur et se conduisent mal, manifestent leur anxiété, avec pour résultat des pertes de temps pour parvenir à faire la piqûre. Il est nécessaire de maintenir fermement l’enfant, et les expériences désagréables augurent de réactions similaires lors d’autres injections. Pour situer le contexte de cette étude, il faut signaler que de nombreux enfants iraniens souffrent chaque année d’infections respiratoires et doivent recevoir des injections de pénicilline en intramusculaire à des fins de prévention et de traitement. Des méthodes efficaces et peu onéreuses ont donc dû être trouvées, notamment la cryothérapie locale et la distraction.  

Méthodes

Les groupes comportaient des enfants de 5 à 12 ans devant recevoir une injection de pénicilline prescrite par un médecin, capable de reconnaître et d’utiliser des chiffres, sans retard cognitif ou autres difficultés empêchant la communication. Dans le groupe « cryothérapie », les enfants étaient informés qu’un glaçon de 2 à 3 cm serait placé sur le site d’injection, sur le muscle fessier, pendant 30 secondes avant l’injection. Dans le groupe « distraction », deux moyens ont été proposés selon l’âge et les préférences des enfants : un boîtier avec des miroirs parallèles et une poupée au centre. Les enfants devaient compter les poupées une fois directement et une fois à l’envers. Les autres devaient chantonner ou respirer profondément de 3 à 5 minutes avant la fin de l’injection. Dans le groupe contrôle, une injection standard était faite, sans aucune intervention, comme cela se produit dans la plupart des hôpitaux.  L’échelle Oucher a été créée en 1977 par Beyer. Elle contient deux échelles qui permettent aux enfants d’évaluer l’intensité de la douleur : une échelle numérique allant de 0 à 100 pour les enfants capables de compter jusqu’à 100 et une échelle sous forme de photos d’enfants pour ceux qui ne savent pas compter.  Les données ont été collectées via un entretien et un questionnaire comportant 3 sections : caractéristiques démographiques (age, sexe, intensité des injections précédentes, attente de douleur pour l’injection actuelle), liste des signes vitaux et échelle Oucher. 

Résultats et conclusion

Les différents groupes ne présentaient pas de différences associée au sexe, à la douleur d’une injection antérieure, ni à l’attente de douleur pour le cas présent. Tous signalaient que la douleur de l’injection antérieure était élevée et s’attendaient à une douleur similaire. L’intensité trouvée sur l’échelle Oucher, après injection, va croissant du groupe cryothérapie au groupe distraction et au groupe contrôle (26,3, 34,6 et 83,3, respectivement). Les résultats montrent également une corrélation importante entre l’intensité de la douleur et l’attente de l’enfant et aussi entre l’attente d’une douleur et les expériences douloureuses antérieures (p<0,04, r = 0,30). Plusieurs études ont montré que l’utilisation du toucher et des bulles de savon en tant que méthodes de distraction réduisaient la perception de la douleur lors des vaccins et des ponctions veineuses chez les enfants. La distraction par la musique a également été reconnue pour son efficacité lors de la pose d’une voie veineuse chez des enfants. La distraction agissant selon le mécanisme de la « porte », elle ne peut être efficace que lorsque la méthode utilisée est capable de détourner l’attention de l’enfant des stimuli douloureux. Il semble donc que l’utilisation de miroirs parallèles et de poupées ait été efficace. Cela abonde dans le sens d’une théorie qui veut que la formation réticulée reçoive un apport sensoriel suffisant pour que d’autres stimulations soient ignorées.  Concernant la cryothérapie, bien que le score moyen d’intensité de la douleur soit inférieur à celui obtenu par la distraction, elle n’a pas été statistiquement supérieure à la distraction. En outre, les auteurs n’ont pas déterminé si l’effet placebo pouvait être impliqué, ni si la nouveauté de cette technique était un élément déterminant du résultat. D’autre études seront donc nécessaires. La comparaison du pouls, du débit respiratoire et de la pression artérielle avant et après l’injection dans les 3 groupes a montré un changement dans ces signes vitaux. Une baisse a été constatée pour le pouls et le débit respiratoire dans les 2 groupes expérimentaux, et une hausse dans le groupe contrôle. En revanche les résultats de l’étude de Van Cleeve [3] n’ont pas montré de différence avant et après la prise de sang chez des enfants. Tout agent stressant peut modifier les signes vitaux en stimulant le système nerveux sympathique. Ce processus peut être modifié par des méthodes réduisant la douleur, telles que la cryothérapie et la distraction. La corrélation significative entre l’intensité de la douleur et l’attente d’une douleur de la part de l’enfant, et entre cette attente et des expériences douloureuse antérieures souligne l’importance d’une prise en charge adéquate des premières injections pour limiter l’intensité de la douleur par la suite. 

Remarques :  La cryothérapie étant à l’origine d’une vasoconstriction locale pouvant entraîner un retard d’absorption du médicament, elle doit être évitée dans les cas où une absorption rapide est nécessaire. Il est recommandé de ne pas dire à l’enfant que l’injection ne sera pas douloureuse, mais de l’assurer que tout sera fait pour réduire la douleur.

Traduction et Synthèse réalisées par Odile Perrin et Ricardo Carbajal - CNRD

 

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