CNRD - Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur

Amélioration de la prise en charge de la douleur provoquée par les soins


image ellipse

Psycho-corporels et comportementaux

Nous sommes le: 23/10/2014
Accueil du site > Enfant > Traitements non médicamenteux > Psycho-corporels et comportementaux > Donner des jouets aux enfants diminue leur anxiété liée à la (...)

jeudi 8 mars 2007

Mise en ligne : mars 2007

Donner des jouets aux enfants diminue leur anxiété liée à la prémédication avant un acte chirurgical Synthèse et traduction de l’article « Giving toys to children reduces their anxiety about receiving premedication for surgery »
Anesth. Analg 2006 ;102 :1070-2L Golden et al. 

Résumé

L’anxiété des enfants augmente pendant la période préopératoire. L’administration d’une prémédication par voie orale aux enfants donne souvent lieu à de l’appréhension, des réticences ou un refus. Les auteurs ont tenté de déterminer si le fait de donner un petit jouet à l’enfant diminuait l’anxiété associée. Une étude prospective incluant 100 enfants de 3 à 6 ans randomisée en deux groupes égaux a été réalisée.
L’anxiété de chaque enfant a été évaluée à l’aide de l’échelle modifiée d’anxiété préopératoire de Yale. Les résultats ont montré que les enfants auxquels on donnait un jouet avant l’administration orale de midazolam étaient beaucoup moins anxieux.
La détresse émotionnelle ressentie par les enfants soumis à des gestes et actes à l’hôpital est reconnue depuis au moins 1941. Elle est associée, selon Kain et al. à une incidence plus importante de cauchemars, d’anxiété de séparation, de troubles alimentaires et de peur des médecins, notés dans les quinze jours qui suivent. Elle peut s’exprimer, en salle préopératoire, par des expressions faciales de peur, des tremblements, de la panique, des pleurs et même de l’agressivité.
Plusieurs techniques existent pour limiter l’anxiété préopératoire des enfants. Des moyens pharmacologiques tels que le midazolam par voie orale sont efficaces et fréquemment utilisés. 

Méthodes

Les inclus dans l’étude étaient 100 enfants classés ASA I-II, âgés de 3 à 6 ans. Ils devaient subir une opération chirurgicale non urgente en ambulatoire : amygdalectomie, hernie ou petites procédure uro-génitales, sous anesthésie générale. Les enfants qui venaient à une date paire du mois étaient inclus au groupe « jouets » et on leur donnait un jouet à un moment précisé, avant l’opération. Ceux qui venaient à une date impaire du mois ne faisaient pas partie de ce groupe et ne recevaient pas de jouet avant l’opération, mais après, pour qu’ils restent tranquilles. La randomisation et le don du jouet relevaient de l’anesthésiste.
Les scores d’anxiété de chaque enfant étaient consignés par des assistants de recherche habilités, qui ne connaissaient pas le but ni les détails de l’étude. L’échelle mYPAS utilisée a fait la preuve de sa fiabilité. Elle comprend des scores associés à l’activité globale (1 à 4), à la vocalisation (1 à 6), à l’expressivité émotionnelle (1 à 4), à l’état d’éveil apparent (1 à 4) et au besoin des parents (1 à 4). Les scores étaient notés par l’assistant, en zone préopératoire, alors que l’enfant était avec un des parents ou un tuteur.
Dans le groupe « jouets », les premiers scores étaient consignés avant toute intervention. 3 minutes après ce premier enregistrement, un jouet était donné à l’enfant par l’anesthésiste. Puis, un deuxième enregistrement était fait 3 minutes plus tard. Dans les 5 minutes qui suivaient cet enregistrement, du midazolam (sous forme de sirop à la dose de 0,5 mg/kg) était proposé à l’enfant et le 3ème score était noté.
Dans le groupe sans jouets, les scores étaient pris aux mêmes intervalles. L’administration du midazolam était faite par une infirmière qui ne faisait pas partie de l’étude et à qui on avait demandé d’apporter les mêmes soins, que l’enfant ait un jouet ou non.  

Résultats

Avant toute intervention, le score mYPAS médian était de 28 dans le groupe sans jouets et de 33 dans le groupe avec jouets, mais les valeurs dans les deux groupes n’étaient pas significativement différentes. Le deuxième score, noté 3 minutes après le premier, était de 28 dans le groupe sans jouets et de 23 dans le groupe avec jouet. La différence n’était pas non plus significative dans ce cas. Le troisième score, noté lors de l’administration du mizadolam, était de 42 dans le groupe sans jouets et de 23 dans la groupe avec jouet, la valeur dans le groupe « jouets » étant significativement différente (P < 0,05).
La comparaison au sein du groupe sans jouets a montré que le 3ème score mYPAS était notablement supérieur (P < 0,05) au premier score consigné au tout début ou au deuxième score noté 3 minutes après. La comparaison à l’intérieur du groupe avec jouets a montré que les deuxième score mYPAS noté 3 minutes après avoir donné le jouet était notablement inférieur (P < 0,05) au score noté au tout début. Il n’y avait pas de diminution supplémentaire pour le 3ème score par comparaison avec le 2ème score, dans le groupe avec jouets. 

Discussion

Les scores médians obtenus dans cette étude concordent avec ceux rapportés par Kain et al. (9) chez des enfants en salle préopératoire. Il est intéressant de noter que les enfants du groupe sans jouets avaient une augmentation significative du score médian (P < 0,005) passant de 28 à 42 lors de l’administration de midazolam. Cela démontre clairement que l’administration de ce médicament est très stressant pour les enfants en préopératoire. Dans le groupe avec jouets, le score mYPAS était nettement inférieur (P <0,05) par rapport aux valeurs de début - de 33 à 23 - dès lors que l’on donnait le jouet. Selon les auteurs, l’étude a donc clairement démontré que le fait de donner un jouet diminue l’anxiété préopératoire chez les enfants et les aide à accepter plus facilement le midazolam. Il est possible que cela puisse permettre de réduire la dose de midazolam, mais cela demande une recherche ultérieure.
En dépit de certaines limitations, notamment le fait que l’enfant jouait avec le jouet donné (l’étude n’est donc pas vraiment effectuée « en aveugle ») et le fait que donner un jouet ne constitue pas un moyen pharmacologique, à dose contrôlée, de limiter l’anxiété, cette étude a montré que l’utilisation du jouet est un moyen aisé, sûr et économique de réduire l’anxiété liée à une médication préopératoire.   

Traduction et Synthèse réalisées par Odile Perrin et Ricardo-Carbajal - CNRD  

laisser un commentaire pour cet article
Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur
Unité Douleur, Hôpital d'enfants Armand Trousseau
26, av du Dr Arnold Netter - 75012 Paris
Tél : 01.44.73.54.21 - Fax : 01.44.73.54.22
secretariat.cnrd@trs.aphp.fr
Responsable Unité Douleur: Dr Daniel Annequin
Responsable du CNRD : Dr. Frédéric Maillard
Infirmière recherche clinique : Mme Patricia Cimerman
Documentaliste : Mme Odile Perrin